L’Ecologie sera sociale ou ne sera pas. René Longet 5 décembre 2018.

La perception que l’écologie conduit à des restrictions et nous fait revenir en arrière est encore très ancrée dans les esprits. Mais c’est le contraire qui est vrai. D’ailleurs, ceux qui se disent conservateurs et qui devraient conserver ce qui nous fait vivre conservent en réalité un mode de vie destructeur et une vision conventionnelle, pharisienne et hypocrite du vivre ensemble (la famille unie et dans une définition normative, une religiosité avant tout formaliste, un nationalisme réducteur et exclusif). Et ceux qui se soucient des équilibres écologiques désespèrent de ramener les humains à la raison: changer nos modes de vie pour sauvegarder l’essentiel des acquis du progrès, conserver ce que nous avons de plus précieux : les fonctionnalités et les merveilles de cette Planète que nous sommes en train de ravager.

En réalité, il n’y a que deux façons de se sortir de la dynamique perverse dominée par le toujours plus et les promesses non tenables : organiser la réduction de l’empreinte écologique et retrouver une autonomie locale, ou subir cette réduction dans un désordre qui peut marquer la fin du vivre ensemble et des valeurs d’humanité. A nouveau, les uns se soucient des budgets publics et les autres du fonctionnement de la nature et du fait qu’on vit depuis une bonne génération au-dessus de nos moyens. Oui, l’humanité danse sur un volcan. Et en élisant de plus en plus des dirigeants dénigrant la concertation internationale et mettant en avant le seul intérêt national (ou plutôt la vision qu’ils en propagent), on s’éloigne à chaque fois plus de la solution et légitime la loi du plus fort.

Comment expliquer ce refus de corriger la trajectoire, cette course à l’abîme ? Le développement durable consiste à mobiliser ensemble les facteurs écologiques, économiques et sociaux. Cette trilogie a longtemps été mal comprise, Mais elle est fondamentale.

Le modèle économique dominant nous vient tout droit de la révolution industrielle et son horizon est celui des conquérants du 18e et 19e siècle. A cette époque, bien qu’on sache déjà exterminer des espèces entières (le bison a failli y passer), la nature pouvait paraître immense à échelle humaine et sa résilience également. Après deux siècles de prédation, de transformation du carbone fossile en gaz carbonique, de pollution des milieux naturels, les grands équilibres sont touchés : cycle de l’eau, de l’azote, du phosphore, du climat… La capacité de renouvellement des espèces, des sols, des forêts, des océans est atteinte et les ressources non renouvelables peu à peu dissipées. Le modèle économique ne se soucie pas des limites des capacités de la nature à nous fournir en ressources et à digérer nos rejets !

Le changement a besoin d’un nouveau modèle d’affaires où le résultat positif financier corresponde à un résultat positif écologique et social ; des pratiques comme l’économie circulaire et de la fonctionnalité, le commerce équitable, l’économie sociale et solidaire montrent l’exemple. Mais sans intégrer aux calculs économiques la valeur des services rendus par la nature (les services écosystémiques), sans internalisation des externalités dont une activité charge autrui, la rentabilité dépend exclusivement du bon vouloir des consommateurs à payer le juste prix. Cela donne au mieux un marché segmenté, 10 à 15 % de la population faisant le choix d’une consommation responsable, la grande majorité répondant aux offres existantes et promues en toute légalité. Pourquoi se priver si tout le monde consomme « comme moi »?

Le changement a aussi besoin d’un nouveau référentiel. Il est irresponsable de continuer à s’en tenir au PIB comme seule mesure de la réalité ; cela fait un demi-siècle que l’on dénonce ses lacunes criantes. Et il a besoin d’une garantie d’équité. En France, le mouvement social des gilets jaunes, jacquerie des temps modernes, exprime un rejet virulent d’élites sans empathie ni proximité, symbolisées aux yeux de beaucoup par la figure lisse du « sunny boy mondialisé Macron ».
Mais n’a-t-on vraiment que le choix entre Macron et Trump ?

Sans nouveau contrat social, pas de salut.
Sans nouveau contrat social, pas de chemin vers l’écologie, cela est désormais évident. Un des principes internationalement retenus dans la synthèse entre environnement et développement conclue au Sommet de la Terre de 1992 a été celui des responsabilités communes mais différenciées des Etats, selon leur part dans la charge environnementale mondiale. Ce principe vaut aussi au sein des Etats, pour la population de ceux-ci. Augmenter le prix de l’essence alors que bien des déplacements sont imposés par le fait que le travail se trouve à 50 km du domicile et que les dessertes ferroviaires locales ont fermé depuis des lustres ne peut être vécu que comme une inégalité de plus.

Les chiffres sont clairs : aucune politique de redistribution n’a accompagné la fin du modèle des 30 Glorieuses avec son plein-emploi et son ascenseur social. Les augmentations impressionnantes de productivité n’ont pas réduit le coût de la vie et le gros de la population s’appauvrit ou du moins connaît, à l’inverse d’une promesse de progrès, un souci accru du lendemain. Car, dans un mouvement désespéré de faire repartir le modèle grippé, on a allégé les charges des grandes fortunes, des investisseurs, de la finance – sans que cela ne fasse redémarrer le moins du monde le moteur social. Au contraire, on a, au bilan, une diminution sensible des revenus des ménages, une augmentation constante des inégalités, de vastes territoires réduits au rôle de friches industrielles ou agricoles, un sentiment profond d’impuissance et de partialité des décideurs.

La terrible expression de François Hollande des « sans dents » résonne encore dans les oreilles, lourde de mépris pour ces nombreuses personnes qui ne peuvent plus se payer les soins dentaires. Face à la nécessité de changer de trajectoire, Nicolas Hulot a excellemment résumé la situation : concilier les fins de mois de la Planète et ceux de la population. La question est cruciale et décidera du sort du vivre ensemble sur cette Terre : comment garantir l’équité sociale et l’égalité des chances en phase de décroissance nécessaire de l’empreinte écologique ?

L’écologie sera économique ou ne sera pas ; elle sera sociale ou ne sera pas – en toute logique, l’on retrouve là la trilogie de la durabilité.

 

Présentation de la publication « Des germes d’espérance pour la vie sur la planète » par René Longet, Genève 5 mars 2018.

Pensée relationnelle et Bien commun de Dr. M. Schluter 2016.

 

JUSTICE CLIMATIQUE

Sécheresses, ouragans, inondations à répétition nous rappellent régulièrement les changements climatiques menaçant notre planète. Les personnes les plus touchées, soit les populations pauvres du Sud, sont celles qui y contribuent le moins. Ce sont les pays industrialisés qui sont historiquement les plus responsables des changements climatiques et ils doivent être à l’avant-garde des transformations à mener pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Après l’adoption en 1992 à Rio de Janeiro de la Convention-cadre sur les changements climatiques, il est vite apparu que les dispositions de cet accord ne seraient pas assez concrètes ni contraignantes pour garantir une protection du climat planétaire et coordonnée à l’échelle internationale. C’est pourquoi, en 1997 un accord additionnel, le Protocole de Kyoto a été adopté. Les pays industrialisés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% en moyenne d’ici 2012. Hélas, ces engagements n’ont pas été tenus et le protocole de Kyoto est arrivé à échéance.  Un nouveau cycle de négociations a été ouvert, mais des objectifs toujours moins ambitieux se profilent. La crise financière a relégué au second plan les préoccupations environnementales.

Il est urgent, parallèlement à la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, de respecter le droit à un développement durable des pays du Sud. Les pays industrialisés doivent encourager ce développement et éviter que leurs erreurs se reproduisent.